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07 juillet 2011

TER Nancy-Contrexeville-Merrey : qu'est-ce qui cloche ?

Alerté par la CGT cheminots concernant une éventuelle fermeture de la ligne TER interrégionale Nancy-Pont St Vincent-Contrexeville-Merrey, il m'a semblé important d'en savoir plus sur les tenants et les aboutissants d'une telle annonce, certains élus UMP prétendent que c'est la faute à la Région Lorraine, laquelle a aussitôt démenti et pointant du doigt l'Etat.

Et il faut avouer que le problème est complexe. Alors que les effets d'annonce gouvernementaux en matière d'environnement vont dans le sens d'une remise en service des lignes TER , les réalités économiques tendent à faire de plus en plus peser sur les français le coût du déplacement en supprimant du service public des transports, l'addiction au pétrole étant toujours le leitmotiv dans les Vosges comme l'ont bien montré ces dernières élections cantonales destinées à nous faire croire qu'on allait rouler plus vite sur des routes plus larges et passer à la pompe plus souvent, avec quel argent ? on ne le sait pas.

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Frêt, lycéens, étudiants, touristes, ... toutes les conditions sont donc réunies pour que cette ligne soit vivante et prospère. Elle devrait s'imposer comme un élément structurant majeur de la plaine vosgienne.

D'ailleurs tout le monde s'accorde pour dire que la fermeture de cette ligne aurait des conséquences sociales désastreuses (et à moyen terme très onéreuses), en particulier pour la jeunesse locale et pour l'activité touristique.

Alors où est le problème ? La société Réseaux Ferrés de France (RFF) n'assure plus les travaux de maintenance sur le tronçon Pont-Saint-Vincent - Merrey depuis déjà pas mal d'années et la dégradation rapide de cette ligne conduit à un ralentissement du train provoquant un inconfort pour les passagers, 2h30 pour un trajet Nancy-Merrey en train contre 1h12 en voiture, et demain probablement une fermeture pour raisons techniques. C'est cet élément factuel qui a poussé la CGT cheminots à tirer la sonnette d'alarme, dénonçant au passage le fait que la Région Lorraine continue de verser des sommes considérables à RFF pour une prestation qui n'est plus rendue, ces mêmes sommes n'étant pas compensées par l'Etat dans le cadre des lois de décentralisation. Bref ce pourrissement de ligne serait un moyen détourné pour le gouvernement de renflouer les caisses de l'Etat avec l'argent des Lorrains.

La région Lorraine, en plus de devoir financer le matériel roulant et les facilités de transports pour les usagers (tarif Métrolor par exemple) doit payer RFF qui est propriétaire des lignes. En échange d'une mise à disposition satisfaisante des lignes allez vous répondre ... et bien non ! et c'est ça qui est extraordinaire dans la convention de gestion entre la Région et RFF, c'est que RFF ne s'engage à rien, la Lorraine n'a aucun pouvoir pour exiger de RFF le bon entretien des lignes. Bref RFF est toute puissante et seul l'Etat peut exiger de RFF qu'elle fasse le travail pour lequel on la paie. C'est donc la ministre des transports Nathalie Kosciusko-Morizet qui est l'autorité compétente dans ce domaine, le conseil Régional de Lorraine n'est là que pour organiser les rames.

Remontons encore un peu l'arbre des causes, pourquoi RFF a t'il choisi de négliger cette ligne ? Ce n'est pas forcément un choix géographique mais plutôt une logique de gestion, les voies ferrées sont classées en neuf catégories d'importance et leur maintenance est fonction de cette catégorie. Ce qui permet à une voie de devenir plus ou moins importante n'est pas tant le nombre de passagers qui la fréquentent mais le poids de ce qui roule dessus, le frêt a donc un rôle primordial dans le classement des voies et le niveau de maintenance qui en découle. Hors le frêt sur cette ligne a diminué, victime de la concurrence du tout-routier subventionné par l'Etat, et il s'avère que le plus gros usager du frêt sur cette voie est Nestlé Water.

On a de quoi se poser des question quand on lit les campagnes de communication de leurs transporteurs, d'un côté il se vantent d'avoir pour projet d'augmenter le fret et de transporter près de 50% par rail grâce à un partenariat avec RFF :

http://www.rff.fr/fr/presse/communiques-de-presse/2011-80...

De l'autre côté ils se vantent de faire des efforts pour préserver l'environnement en utilisant un prestataire routier, GEODIS qui a allegé les châssis de ses camions :

http://asp.zone-secure.net/v2/index.jsp?id=23/88/8538&...

Green washing sur tous les tableaux ? La dessus des chiffres précis seraient nécessaires pour connaître l'évolution réelle du frêt sur la ligne autrefois appellée " le train des eaux ".

Quoiqu'il en soit, cela nous montre une piste si l'ont veut péreniser cette ligne, puisque la Région n'a pas l'autorité ni les moyens financiers directs pour décider de sa sauvegarde, il va falloir agir sur plusieurs leviers. En fait c'est quitte ou double, seul le développement de la ligne permettra sa survie. Cela passera par une augmentation du trafic (en poids) qui permettra un classement supérier selon les critères de RFF duquel découlera un meilleur maintient des lignes.

Le Frêt jouera un rôle crucial, Nestlé doit tenir ses engagements et diminuer son recours au routier.

La zone Seveso Damblain, aujourd'hui scandaleusement vide malgré le prix qu'elle a coûté, pourrait être un autre levier pour augmenter le frêt. Pourquoi pas y développer des activités de recyclage ? ce serait un mal pour un bien. Pourquoi aussi ne pas y déplacer le site Seveso Total-Gaz de Golbey qui stocke jusqu'à 415 tonnes de GPL bien trop près de l'aglomération et qui génére 300 wagons par an (chiffres 2006).

Enfin le transport de voyageurs pourrait être grandement amélioré, une chose choquante quand on compare les lignes Nancy-Remiremont et Nancy-Merrey, le nombre de dessertes sur la ligne Nancy-Merrey est excessive, en tout cas sur la partie Nancy-Mirecourt, la trajet en est d'autant plus long  car tous les trains s'arretent partout, tandis que le cadencement reste très faible comparé à Nancy-Remiremont. Il ne faut pas se leurrer, si le trajet en train était aussi rapide qu'en voiture la fréquentation ne se limiterait pas aux "tributaires" lycéens mais se développerait dans d'autres couches de la population.

Le tourisme également peut apporter sa touche, à l'instar du parc d'attraction Walygator, de la zone de loisir d'Amnéville, ou sur le mode de billets réduits pour Pompidou-Metz ou des directs  pour les pistes de ski de La Bresse, les stations thermales et hotellières de Vittel pourraient bénéficier d'opérations adaptées. La dessus seulement le Conseil Régional de Lorraine pourrait être inventif.